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Le Creusot

Le Creusot

Impossible de parler du Creusot sans évoquer les Schneider et pour cause, ce sont eux qui ont contribué à la réputation à l'échelle mondiale de la ville.

L'origine de la ville remonte à 1782, où les ingénieurs de Louis XVI implantent près de Montcenis la Fonderie Royale de canons pour la Marine, puis peu après la Cristallerie de la Reine.

Mais ce sont les deux frères Schneider, Adolphe et Eugène, qui, à partir de 1836, bâtissent sa réputation mondiale.

Leur implication dans la vie du Creusot est telle qu'en 1856, la ville manque de changer de nom pour porter celui de "Schneiderville".

HISTOIRE

Le Creusot jusqu'en 1836
En 1768, Gabriel Jars montre l'intérêt du gisement de charbon dit de la Charbonnière, déjà connu dans les environs depuis quelques siècles. Il explique au propriétaire François de la Chaise la possibilité de transformer le charbon en coke, et suggère d'installer à cet endroit des manufactures « pouvant être reliées par route à Chalon sur la Saône et à l'Arroux qui se jette dans la Loire ».

Jusqu'en 1782, Le Creusot ne reste cependant qu'un hameau sans industrie, situé au lieu-dit La Combe Denis, le village le plus important à proximité étant alors Montcenis. En 1782, une fonderie royale est construite au Creusot pour profiter des ressources en houille de la région, cette manufacture de canons est la première usine de la ville. Un ingénieur et industriel anglais, William Wilkinson participera au développement de la métallurgie. La famille royale décide également de construire au Creusot la cristallerie de la reine en 1786. Après la Révolution, en 1818, la fonderie et la cristallerie changent de propriétaire. Les forges sont rachetées en 1826 par Manby et Wilson, mais font faillite en 1833. C'est en 1836 qu'entre en scène une famille lorraine, la famille Schneider. Eugène et Adolphe Schneider, à la recherche d'un site permettant l'établissement d'aciéries, décident de racheter les forges du Creusot qui possédaient les réserves houillères indispensables à la réalisation de leur projet et dont la région ne manquait pas de minerai de fer (mines de Mazenay-Change). Les Schneider mettent en place un plan de développement industriel et urbain du Creusot.

1836-1960

Le marteau-pilon du Creusot: Commence alors plus d'un siècle de domination Schneider sur la ville du Creusot. Eugène et Adolphe Schneider se tournent vers des productions résolument modernes, destinées notamment au chemin de fer (locomotives, rails en acier) ou à l'armée (canons, blindages) et dont la qualité est mondialement reconnue. La société se distingue par la production d'aciers spéciaux ainsi que par l'utilisation d'outils modernes comme, par exemple, le marteau-pilon à vapeur qui permet de forger des pièces avec une grande précision. Ainsi les aciers du Creusot se montrent souvent à leur avantage lors des concours (Exposition Universelle) par rapport à leurs concurrents (Vickers, Krupp AG, Škoda).

Le Creusot n'est plus une bourgade mais une ville-usine. C'est le fief des Schneider qui s'y font aménager en résidence la cristallerie royale (appelée château de la Verrerie). La mairie est à plusieurs reprises dirigée par des membres de la famille. Adolphe et Eugène se servent de la ville pour appuyer leurs ambitions politiques : Eugène Schneider est plusieurs fois député et même président du corps législatif de 1867 à 1870.

La ville et ses usines, qui comptent alors environ 10 000 ouvriers, sont aussi le foyer de mouvements sociaux dont le développement affronte une sévère répression. Autour de 1870, des figures du militantisme ouvrier tels qu'Eugène Varlin, Benoît Malon, Adolphe Assi ou Jean-Baptiste Dumay y sont impliquées.

En janvier 1870, la question du contrôle de la caisse de secours mutuel donne lieu à des arrêts de travail qui débouchent sur deux grèves en janvier (10 jours) puis en mars (23 jours). L'intervention de l'armée (4.000 hommes en janvier) fait 6 morts parmi les ouvriers. Après la chute du Second Empire le 4 septembre, Eugène Schneider, alors président du corps législatif, se réfugie en Angleterre. Jean-Baptiste Dumay est nommé maire de la ville. Le 26 mars 1871, en écho à l'insurrection parisienne, Dumay et la garde nationale proclament la Commune du Creusot. Mais l'armée prend le contrôle de la ville et dès le 28 mars, le mouvement est étouffé.

La fin du XIXe siècle connaît un regain de tensions sociales qui culminent avec la grève générale de 1899, très dure. Eugène II Schneider fait appel à l'armée. La répression antisyndicale se traduit par des renvois en masse et marque durablement les esprits. Plus tard, en 1936, Le Creusot ne connaîtra pas un seul jour de grève.

La société Schneider diversifie son implantation industrielle avec la construction de nouvelles usines à Chalon-sur-Saône, à Montchanin ou plus tard au Breuil, mais Le Creusot reste le cœur de l'entreprise. Lors de la Première Guerre mondiale, celle-ci participe à la fabrication des premiers tanks français avec le char Schneider CA1. L'activité se diversifie également dans la production d'équipements électriques. C'est à cette époque que la société Schneider a employé le plus grand nombre de salariés avec près de 20 000 ouvriers.

Durant la Seconde Guerre mondiale, la ville, grand centre industriel doté de capacités de production d'armes, est occupée le 18 juin 1940 par l'Allemagne nazie. Pour arrêter toute production, les aviations anglaise et américaine bombardent la ville à plusieurs reprises. Le bombardement du 17 octobre 1942, par la RAF, fait 63 morts et plus de 250 blessés. Le bilan est encore plus lourd dans la nuit du 20 au 21 juin 1943 : plus de 300 morts et 1000 blessés, destruction au moins partielle de l'hôtel-Dieu, de l'hôtel de ville, du château de la Verrerie et de trois églises. Ces bombardements ont laissé un souvenir très fort dans la mémoire des Creusotins car c'est essentiellement la population, plus que les usines, qui a été touchée.

Le paternalisme

Statue d'Eugène Schneider: De 1836 à 1960, au Creusot, tout tourne autour de la sidérurgie et de la dynastie Schneider. Celle-ci déploie un paternalisme qui tend à réguler tous les aspects de la vie des Creusotins. Les aciéries emploient au moins un membre de chaque famille creusotine. Des écoles sont créées (les dernières fermeront leurs portes au milieu du XXe siècle), un dispensaire puis un hôpital sont mis en place, des logements sont bâtis pour les ouvriers et les ingénieurs (on peut encore voir aujourd'hui au Creusot leurs quartiers respectifs). Tous ces aménagements permettent d'améliorer la vie des Creusotins qui travaillaient souvent dans des conditions difficiles (on cite en particulier les puddleurs dont l'espérance de vie était très limitée).

Les habitants entretiennent des relations passionnelles avec leurs patrons (les Schneider), tantôt s'engageant contre eux dans des luttes syndicales très dures (la grande grève de 1899), tantôt leur rendant de vigoureux hommages en se cotisant pour leur ériger des statues ou en se mobilisant à l'occasion des événements de la famille (mariages ou enterrements par exemple).

Quelques grandes réalisations des usines du Creusot au temps des Schneider:

Canons à l'entrée du château de la verrerieDes locomotives à vapeur avec, notamment, La Gironde (1838), une des premières locomotives françaises.
Des locomotives électriques comme la BB 9004 détentrice en 1955 du record du monde de vitesse sur rail avec 331 km/h.
Des aciers spéciaux au nickel (1889).
Les canons français des guerres franco-allemandes.
Des plaques de blindage pour les navires.
Le marteau-pilon à vapeur du Creusot, permettant un travail très précis de l'acier. Il est devenu l'emblème de la ville. Depuis le 20 septembre 1969, il est à l'entrée de la ville du Creusot.
Les premiers rails français en 1827, des rails en acier dès 1868, (pour l'anecdote, le TMB - tramway du Mont-Blanc - utilise encore les rails Schneider).
Des navires et sous-marins pour le ministère de la guerre (des chantiers ont été installés à Châlon-sur-Saône).
De nombreux matériels électriques.
Des charpentes métalliques de ponts ou de gares (gare de Santiago du Chili en 1896).
Un des premiers ascenseurs de la tour Eiffel est un ascenseur Schneider qui sort des usines du Creusot encore visible sous un des piliers.